Le PIANOLA à rouleaux et l'IBM Music Feature
Le Pianola était, au temps de nos grands pères, un piano animé par un lecteur pneumatique à dépression de rouleaux de papier perforé, mû par des pédales.
On en rencontrait deux variantes: l'une intègrée au piano, l'autre en forme de console à juxtaposer au piano (Vorsetzer ou pushup).
Pianola, qui fut une marque parmi bien d'autres, est passé à la postérité. Les hasards des successions familiales m'ont rendu possesseur de celui de mon grand-père paternel: un PLEYEL-ODEOLA intégré avec quelque 150 rouleaux.
Cette musique codifiée à la Jacquard sous forme de petits trous dans du papier souple m'a taquiné de plus en plus depuis que fut annoncée la carte interface MIDI pour PC.
L'idée de convertir les trous du papier en fichiers magnétiques MIDI puis de faire reproduire la musique de ces fichiers en variant de timbre et de tempo, avec en prime une sauvegarde de mes fichiers musicaux de papier (par essence fragiles) se précisa graduellement. Après divers schémas je choisis de juxtaposer un Pianola console et un piano numèrique (MIDI) branché sur l'interface MIDI d'un PC-XT avec carte IMF donc MIDI.
Après avoir couru en vain les brocantes à la recherche d'un Pianola console je finis par en assembler un à partir de la partie lecture empruntée à mon piano, d'un kit-dépression électrique (prévu pour électrifier les pianos à pédales) et de 88 bascules mécaniques de mon cru, le tout assemblé sur un chassis en cornières métalliques. La principale difficulté résulta de ce que la partie transmission du lecteur est plus large que le clavier 88 notes standard sur lequel je projetais de l'adapter.
Ensuite je passai à la copie en série à l'aide du logiciel PLAYREC. La qualité du résultat dépend pour beaucoup du bon état des rouleaux (dont certains ont passé plusieurs mois dans le grenier d'une maison bombardée en 1940) et du bon vouloir de quelques bascules rétives.
Avec 50 titres (2 mégs) le PC-XT se prend pour un "juke-box".
Diverses options s'offrent maintenant: amèliorer les bascules, éditer les fichiers MIDI, essayer un nouveau lecteur... Parlons de l'édition. La première tentation qui se soit offerte consiste à mettre bout à bout les parties d'un morceau de musique que les limites de capacité des rouleaux ont séparé. Il est désagréable de se voir infliger un long point d'orgue nullement prévu par le compositeur mais imposé par le délai de changement de fichier. Exemple: Un Américain à Paris, perforé sur 2 rouleaux a donné naissance à 2 fichiers .esq (version MIDI de PLAYREC) de 60 et 50K. Chacun de ces fichiers comporte en tête 5k de codification instrumentale spécifique des registres IMF, une ligne de préparation des circuits, le corps de la partition musicale codée MIDI, une ligne de fermeture des circuits. En juxtaposant au premier fichier amputé de sa ligne finale de fermeture les zones partition musicale et fermeture du second, j'ai obtenu un fichier unique de 105K.
Une autre manip à accés immédiat consiste à utiliser la possibilité de séparer le clavier en deux et d'affecter des registres distincts à chaque sous clavier (split). ex: trombone à la basse, combo au dessus. Facile et amusant.
N'étaient les difficultés de synchronisation, on pourrait aussi décomposer une partition en autant de sous-partitions qu'on souhaite affecter d'instruments et passer à des exercices d'orchestration. A travailler.
A moins qu'un léger décalage n'introduise un effet à la Erroll Garner, qui sait?
JM DETREY (extrait du "Petit Péciste", n° 39 du 8/11/1990
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